articles de presse

Publications d'artistes

dans l'intimité du livre

par Olivier Lemierre

in la Provence, 04/06/2016

Une nouvelle fois Francine Zubeil, la bonne fée de Fabrique sensible, offre aux amoureux du livre une promenade découverte, riche en émotion, au cours d'un l'itinéraire propice à la rêverie et à la réflexion. Ces trois jours permettent la rencontre du public avec les artistes et les éditeurs autour de leurs publications (livres, revues, multiples et imprimés) avec des interventions organisées par les participants (lectures, projections vidéo, performances et expositions).

Invités de cette cinquième édition, le Cneai (Centre National Edition Art Imprimé) qui initie des programmes de recherche sur la reproductibilité de l'art et sa diffusion ainsi que les artistes Suzanne Hetzel (Arles) et Jean-Marie Krauth (Strasbourg). Parallèlement Sylvie Boulanger, directrice du Cneai, Bernadette Clot-Goudard, fondatrice de Voyons voir, art contemporain et territoire, Anne Moeglin-Delcroix, spécialiste du livre d'artiste, Yu-Young Kim et Gwénola Ménou éditrices, proposeront des entretiens privilégiés avec le public tout au long de ces journées culturelles.

Francine Zubeil, initiatrice de cet événement destiné tant aux amateurs qu'aux collectionneurs précise : "Pour cette édition à travers une scénographie propice à la découverte et à l'étonnement, c'est toute la "chaîne de production" qui est à l'honneur depuis la conception-création jusqu'à la production-édition-diffusion. Publications d'Artistes se veut une rencontre forte puisque chaque lieu d'exposition est un salon où l'on s'attarde, où l'on bavarde, se pose et se repose, où l'on échange autour des œuvres. J'en profite aussi pour remercier les Baux-de-Provence de leur accueil chaleureux".

Publications d'artistes jusqu'à demain 5 juin. Entrée libre.

Fred Kahn

in revue Mouvement

Le livre-œuvre

Objet sensible. Hors de contenance est un objet sensible. Cet ouvrage de Francine Zubeil s’ouvre et se clôt par des photos de vêtements sur un cintre prises dans l’appartement de la mère défunte de l’artiste. En son centre, l’objet bascule sur une dizaine de pages et ce sont des lignes d’immeubles situés au cœur de Manhattan, où Francine Zubeil a été en résidence de création, qui envahissent l’espace de la page. L’ensemble est imprimé en négatif sur papier transparent. Le regard traverse les images, si bien que la perception se résout en dehors de l’œuvre elle-même.
Des phrases viennent ponctuer cette traversée, pour mieux faire vibrer l’absence et le vide et ne garder que l’essentiel : «le paradoxe d’une certitude que tout peut arriver, et que l’imaginaire dévoile des horizons hors limites».
Fred Kahn, brèves, in revue Mouvement

The book-object
Hors de contenance is a sensitive object. This work by Francine Zubeil opens and closes with pictures of clothes on a hanger, taken in the apartment of the artist’s deceased mother. The work shifts in its center for a dozen pages or so, and rows of buildings located in the heart of Manhattan, where Franzine Zubeil was an artist in residence, invade the space of the page. The ensemble is printed as a negative image on tracing paper. The gaze traverses the images, to such an extent that the act of perception resolves itself beyond the work’s boundaries. Phrases punctuate this crossing, to activate the absence and emptiness and preserve only the essential: “the paradox of a certainty that anything can happen, and that the imagination reveals unlimited horizons”.
 

In Umbrella n° 1 California, 1994

Panique Générale par Francine Zubeil (Marseille, Edition de l’Observatoire, 93) est le deuxième d’une série de livres d’artistes "en aucun lieu", publié en une édition de 500. Ce très beau travail est la répétition d’un négatif d’un corps de femme voilé, imprimé sur papier calque avec de courtes phrases imprimées en rouge sur quelques unes des pages de droite. Le texte se voit par transparence, montrant divers modèles de panique et d’anxiété comme indiqués par les mots. L’image ne change jamais, mais elle est imprimée sur les deux côtés de la reliure pour que l’image fasse parfois face à son pendant. Les mains semblent nerveuses, les doigts se cherchent mais ne font que se toucher. Il y a une tension dans les coudes pliés et la moue des lèvres. Est-ce une communion ou un mariage ? Y a-t-il vraiment "disparition" lorsque le mot disparition semble disparaître à la fin du livre en très petits caractères ? Quel est le mystère dans ce travail ? Il est là.
In Umbrella n° 1 California, 1994

Looks how feminine roles are written, specifically the long-playing part of life.Between blood-red endpapers, the entire book is printed on milky white translucent stock, four blank pages of which introduce and conclude it. Within this dense veil, the same black and white photograph of an elelgant but anxious young bride appears on every page. Her face is turned away in shadow, and she is nervously picking her fingers, though otherwise composed. On every other page there is a single line of text, in frenc, printed in fine red letters. The first is, simply, Oubli, it means forgetting, inthe most common usage, but also neglect, oversight, omission.
Allusive references to the perils of matrimony follow -its banal necessity, the sensation of suffocation, of crushing, but Zubeil also writes of the less simple confusion entailed by making such a pledge : the noise of emotion, the passion of this oubli. Though its components are simple and few, this is an exeptionalaly well planned book, in which detail is made to count. The image of the bride is printed alternately on the frontor back of each translucent sheet, for instance, which allows the complementarily alternating text to be legible, but also create a subtle rhythm of shadow and veil.
As the pages are turned, the reversed image enters into colloquy with its twin; the first time this happens, ilduo appears on the verso, the possibility fortuitous reverse of oubli. And the last time the pages are turned, the photo is flipped, terminating an internal dialogue that hadclosed on the phrase, one no longer knows if ine is lying about it. The word disparition in smaller type still, appears after an interval. Wether the mariage is understood as a betrothal to a particular man, or, only slightly less satisfactorily, as a vow of loyalty to a conventional social order, this is a book suffiently nuanced, even ambiguous, but utterly convincing.

Panique générale 1993
Livre d’artiste, 72 pages, format 17 x 24,5 cm
Impression offset 2 couleurs sur papier calque, couverture en sérigraphie sur carton
Éditions de l’observatoire, Marseille, collection en aucun lieu
500 exemplaires numérotés