Almere achter glas, Almere en vitrine

livre et exposition,1999

 

 

On le voit, l'intérêt pour nous de cette installation est également dans le travail que F. Zubeil fait sur ses matériaux de base : dans nombre de ses œuvres, la plasticienne perturbe les rapports intérieur-extérieur, privé-public, par le traitement qu'elle fait de la photo. La photo est en effet le plus souvent tirée en négatif sur des transparents, ; ce qui a pour effet de changer les couleurs et les formes, de les désubstantialiser. La photo est également brouillée, recadrée, elle subit un découpage qui retient de préférence une partie du corps, des mains, des jambes, une silhouette... «un détail d'une photo, un geste capté presque intime, donné à voir est agrandi au format d'une fenêtre» (alors que les photos ont été prises en situation de récit dans la ville, dans leurs lieux favoris), Il y a là comme un jeu sur l'ambivalence du montré-caché : l'identité singulière de l'individu, voire son intimité, qu'on offre au public pour une éventuelle identification, est quasiment effacée; la réalité, traquée pendant le travail d'enquête, est métamorphosée; on nest plus dans le documentaire, mais dans le témoignage d'un local transfiguré. Le support transparent, que l'artiste utilise dans de plus en plus d'œuvres (portes, vitres, vitrines, fenêtres...), aide à cette déréalisation; cette capacité de voir les lieux dans leur potentialités ludiques, subversives, de revoir les formes, les mobiliers au-delà de leur fonctionnalité, de voir la ville autrement subvertit le privé. Cela suppose que nous revenions à la notion de privé que pourrait entendre l'usage de la photographie d'individus comme le fait cette plasticienne : est-ce la singularité de 'lindividu (la vie chez soi, son rapport aux autres et à la ville), ou est-ce la part intime de chacun, mais partagé par tous, un corps, un éphémère (transparence de la peau, des veines), qui serait également le commun, le destin commun, au-delà du destin local ; le négatif déréalise et atteint peut-être un caractère universel, comme celui du geste délesté que décrit F. Zubeil : «le négatif de l'image suspend les mains dans un envol, un geste à faire, un geste à prendre...».

Michèle Jolé, sociologue, in Revue Villes en parallèle, juin-juillet 2002 (Les villes et le rapport public/privé).

 

 

 

 

 

édité par l’Observatoire Marseille France et ACHKD-De Paviljoens, Almere,

à l'occasion de l'exposition Almere achter glas, à ACHK-De Paviljoens, Almere, Pays-Bas