Almere en vitrine, Almere achter glas

 

installation in situ

16 photos format 220 x 96 cm, impression numérique sur transparent, collées sur les vitres de De Paviljoens (pavillon hollandais de la Documenta 92), Almere, Pays-Bas

 

32 tirages numériques format A3+ à l'intérieur (textes et images)

 

1999

 

 

 

ACHK-De Paviljoens,

Almere, Pays-Bas

 

 

livre voir à publications

 

 

 

 

L'ACHK- De Paviljoens est à l'origine de divers projets qui prennent forme dans la nouvelle ville d'Almere, dans le cadre de son développement socioculturel. Des artistes sont régulièrement invités à communiquer la vision qu'ils ont de la ville, de ses habitants et du paysage environnant. Almere est ainsi considérée en quelque sorte comme une métaphore ouvrant sur un monde nouveau dans lequel les relations des gens entre eux et des gens avec le paysage semblent évoluer.

Lorsque l'on découvre le travail de Francine Zubeil, une artiste française établie à Marseille, on imagine à quel point ses installations sont en relation profonde avec les ambitions de l'ACHK-De Paviljoens.

 

A son invitation, Zubeil réalise, début 1999, une publication jumelée à une exposition. L'exposition consiste en des travaux photographiques imprimés sur transparents. Des habitants d'Almere sont photographiés à des endroits qu'ils considèrent comme extraordinaires. Dans le livre, conçu par Zubeil, les images sont accompagnées de textes écrits par ces habitants. Le livre est publié par L'Observatoire, la maison d'Édition de livres artistiques que dirige Zubeil à Marseille. L'exposition rassemble aussi les autres publications de l'Observatoire. L'ACHK-De Paviljoens a demandé à la critique d'art Nathalie Faber d'écrire un texte d'initiation aux installations de Zubeil.

 

 

Installations un texte de Nathalie Faber

"Lorsque je ferme les yeux, je vois la mer agitée et les bateaux de pêcheurs qui ont sombré ici autrefois, par vents et marées. L'air marin chargé de sel et les cris des mouettes complètent cette image. Cet endroit me donne à présent un sentiment d'espace et de repos. Des cygnes blancs y atterrissent majestueusement. Tout à l'heure, peut-être seront-ils bleus ?"

Faites-moi découvrir votre lieu favori.

A la demande de l'artiste française Francine Zubeil, Jos Kooijman de la Brigade des Pompiers d'Almere montre l'endroit qu'il préfère, sur le môle, près de la digue de Oostvaarder. De ce point, on découvre le lac de Marker. Le cri des mouettes rappelle le cri des gens et Kooijman se projette dans le passé : autrefois, le Zuiderzee était là.Zubeil a aussi demandé à d'autres habitants d'Almere de lui servir de guide. Agent de police, conseillers municipaux, élèves du collège d'Oostvaarder, membres de l'association des généalogistes et de l'association féminine des Dames d'Almere. Ils l'ont emmenée vers leurs lieux favoris, curieusement une majorité d'endroits où les espaces sont dégagés. Là, Zubeil les a photographiés. Ces photos, elle les a travaillées sur verre, à Almere, pour l'un des pavillons vitrés. Une installation en vitrines. Installation, c'est un concept vague et difficile à appréhender. En tant que mode d'expression artistique, il revêt autant de formes que sa représentation elle-même. L'installation peut se traduire par une construction ou un collage, un assemblage, une intervention et au land art. Que cette diversité puisse donner lieu à une certaine irritation, Jan Mulder en a fourni la preuve dans un certain nombre d'articles du Volkskrant, en 1995. Il y revient de façon passéiste à la signification primaire de l'événement, dans le contexte de l'installateur. Installation. C'était un mot du langage courant avant qu'installer ne devienne un art. Le mot semble avant tout combler un vide dans le jargon artistique : une œuvre d'art qui ne se contente pas d'utiliser un seul media mais consiste en un assemblage de media divers se voit attribuer le vocable d'installation. Exactement au même titre qu'un film vidéo qui quitterait le carcan du moniteur et serait projeté sur des panneaux flottant librement dans l'espace ne serait plus un film vidéo mais une installation à base vidéo. Ou au même titre que l'image d'un évier n'est plus une sculpture ou un travail conceptuel lorsqu'elle est multipliée par 500. Dans le fouillis des expressions artistiques qui se retrouvent sous le vocable installation, il n'y a en fait qu'une analogie unique à découvrir : une installation est toujours en relation intime avec l'environnement dans lequel elle se trouve. Bien plus que dans le cas d'une image simple, traditionnelle et vivant sa propre vie (un tableau, une sculpture ou un film), c'est l'espace dans lequel une installation est exposée qui détermine sa forme.

 

Ce n'est plus l'œuvre qui s'adapte à l'espace, c'est l'espace qui appelle l'installation. Zubeil a déjà réalisé d'autres installations sur vitres : Hors de Contenance en 1996, par exemple, à Art Exchange à New York, et Conversation en 1998 chez Printed Matter, à New York toujours. La dernière nommée consistait en une série répétitive de photos de mains aux ongles laqués en bleu, vert et argent, appliquées sur les vitrines de la librairie Printed Matter.

 

L'espace architectural tient une grande place dans l'œuvre de Zubeil.

Ce n'est qu'après une intense appréhension de l'espace et de l'environnement qu'elle donne vie à ses projets.

 

Pour son projet d'Almere, elle utilise l'espace de l'ancien complexe de la Documenta 92 ”De Paviljoens”. En vue de cette installation, elle applique sur les vitres seize grandes photos en couleurs imprimées en négatif sur des transparents. Dans ses créations, elle retravaille une série d’images qui se laissent regarder à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, avec ces habitants photographiés dans le paysage d’Almere, près du pont sur le long Wetering, tantôt naviguant sur l’eau du lac, tantôt se promenant dans le quartier d’habitations greffé sur le Bouwrai. L'image rappelle la manière dont le Néerlandais moyen applique un morceau de plastique mat et incolore sur les vitres de sa maison pour éviter que les passants ne voient à l'intérieur.

 

Mais Zubeil s'assigne un objectif plus noble. Elle veut, grâce à son installation de photos imprimées sur transparents, créer un lien entre l'intérieur du pavillon et son environnement social. Le pavillon s'ouvre ainsi à la ville et, à l'inverse, l'installation invite les habitants d'Almere à s'approprier le lieu.

 

Zubeil n’est pas l’achétype de l’artiste romantique, dont le seul objectif est de se créer son propre univers. Son art, est plutôt une réflexion sur le monde et un reflet du monde. Au travers des expériences vécues par les habitants d’Almere, Zubeil esquisse un plan émotionnel de la ville : ses créations ne sont pas émaillées de bâtiments ou monuments importants, mais des joyaux qui sont autant de lieux chargés d’émotion ou d’intimité.

 

Dans le projet de Zubeil, l'accent est mis sur la signification originale de l'installation, toujours présente de manière latente. L'installation en en vitrines d'Almere signifie implicitement le commencement de quelque chose (d'autre). "Car cette collection de documents forme le point de départ de la mémoire d'une ville nouvelle. Ce sont les habitants d'Almere qui laissent dans leur paysage une trace indélébile et en font une page d'histoire, une histoire de gens et de lieux."

L'installation semble être le media du nouveau millénaire. Ce mode souple d'expression artistique est conforme aux aspirations de l'artiste nomade moderne. Il erre dans le monde, d'exposition en exposition, et son bagage est réduit au minimum. Il filtre l'information sur son lieu de destination et plante la graine qui se développera après son départ. Une sculpture sociale comme ”Almere en vitrines” est en mouvement permanent, l'installation conçue comme un media étant sa seule constante.

Texte traduit de l’hollandais.

Almere en vitrines / Almere achter glas / Almere in windows by Francine Zubeil.